Entrer dans l’univers d’Anne-Marie Bouchard, c’est se laisser envelopper par un tourbillon d’émotions et de sensations. Depuis 1999, la réalisatrice québécoise est une artiste de l'image et du son qui crée des films expérimentaux afin de changer notre façon de voir le monde. Ses œuvres incitent non seulement à observer, mais aussi à ressentir, éveillant l'émerveillement devant la beauté et la complexité des impressions visuelles et sonores.
Un article de Ben Yahaya Coulibaly
Un parcours artistique nourri par la curiosité
« Au départ, c’est une fascination pour l’image, la lumière, le médium, la manipulation de l’image et la transformation de l’image enregistrée » partage Anne-Marie Bouchard en souriant. C'est cette passion qui l'a conduite vers le cinéma expérimental, domaine dans lequel elle peut retranscrire sa vision artistique de manière particulière. En plus de sa passion, Anne-Marie Bouchard a reçu une formation en cinématographie. Une formation qui lui semble nécessaire non seulement pour développer des compétences techniques, mais aussi pour découvrir de nouvelles histoires et perspectives, élargir ses horizons créatifs et rencontrer d'autres passionnés de cinéma.
Le cinéma expérimental : une expérience sensorielle unique
« C’est vaste comme domaine. Ce qui le caractérise le plus, c’est que c’est un système qui n'est pas nécessairement narratif » raconte la cinéaste en parlant du cinéma expérimental. Son cinéma se distingue par une approche artisanale, loin des contraintes du cinéma traditionnel. Ce qui prime, c'est l'effet des images et des sons sur le spectateur, créant des expériences uniques et profondes. Anne-Marie met en avant l'importance de travailler la matière même du film, jouant avec les textures, les sons et les images pour susciter des émotions intenses.
La dissolution du paysage (2024) ©Anne-Marie Bouchard, Québec
Exploration de thèmes universels à travers des films poétiques
L'œuvre de Bouchard est marquée par une exploration de thèmes universels tels que la résistance, l'enfance, et le subconscient.
« Le film R pour ne pas céder d’un pouce met en exergue la notion de résistance des enfants vis-à-vis de leurs parents qui fait écho à la résistance politique, ou de l’humain dans un jeu hostile, » raconte-t-elle. Elle a été touchée par les réactions naïves et sincères des enfants, qu'elle a dû guider pour aborder certains concepts abstraits.
Avec La dissolution du paysage, Anne-Marie nous entraîne dans un voyage intérieur, mêlant souvenirs d'enfance et rêves récurrents à travers des métaphores visuelles ludiques.
« En premier lieu, j’ai associé des lieux que j’ai souvent visités qui sont intimement liés à l’enfance. Je savais déjà que j’allais intervenir sur la pellicule (en faisant des gravures) et donc j’ai essayé de garder des espaces au cadrage où je pourrais venir insérer mes gravures, » confie-t-elle.
Un processus créatif méticuleux et intuitif
Le processus créatif d'Anne-Marie commence par une idée de recherche, suivie de la collecte d'images et de sons qu'elle façonne ensuite pour créer une harmonie poétique. « Je pars toujours d’une idée de recherche sur le sujet. Ensuite, je fais des cueillettes d’images et de sons que je fais travailler après » décrit-elle. Elle cherche à susciter l'émerveillement chez le spectateur, à créer une bulle où le son et l'image se répondent parfaitement. Le montage est une phase cruciale où les séquences sont organisées pour guider le spectateur dans une expérience immersive.
Défis techniques et récompenses émotionnelles
Réaliser des films expérimentaux comporte son lot de défis techniques, notamment liés au temps et aux ressources financières. Cependant, l'expérience acquise permet à Anne-Marie de surmonter ces obstacles. « Le défi technique principal reste le temps et l’argent; et ces éléments font partie du jeu. Car la recherche expérimentale prend du temps et ne nécessite pas de scénario, » confie-t-elle. Elle est particulièrement touchée par les réactions du public, comme après la diffusion d’Atomes en quête d’immatérialité, où des spectateurs ont analysé en profondeur son travail sur Facebook, témoignant de l'impact émotionnel de ses films.
Anne-Marie Bouchard faisant des gravures sur une pellicule. ©Versus | Projet d’Anne-Marie Bouchard, Pierre-Marc Laliberté (2014)
Une inspiration multidisciplinaire
Anne-Marie Bouchard s'inspire d'un large éventail d'influences, allant des autres films à la musique et aux rencontres personnelles.
« Il n’y a pas de film en particulier qui m’a inspirée une œuvre; mais plutôt un ensemble d’influences qui a amené l’idée d’un film. Je ne suis pas influencée que par les films, il y aussi la musique, les rencontres, » précise-t-elle. Elle ne cherche pas seulement à raconter des histoires, mais à travailler la matière du film pour créer des expériences nouvelles et inspirantes. Elle espère que son travail encouragera d'autres artistes à explorer différentes formes artistiques et à repousser les limites de la créativité.
« J’aimerais inspirer les gens à travailler la matière, pas que le contenu et la forme »
Anne-Marie Bouchard, avec sa vision unique et son approche artisanale, souhaite que le grand public retienne de son travail « La curiosité, le jeu et la sensibilité ». Ses films sont des voyages poétiques qui touchent profondément le spectateur, le transportant dans des univers de rêves et de souvenirs. Son travail est une célébration de l'art de l'évocation, une invitation à voir le monde sous un nouveau jour, à travers le prisme de l'émotion et de la beauté. Elle précise par ailleurs que les films expérimentaux ont un très bel avenir car ils ont inspiré pas mal de films de fiction.
Pour voir les films d'Anne Marie Bouchard
Focus sur Anne-Marie Bouchard : https://vimeo.com/ondemand/amb
Atomes en quête d'immatérialité : https://vimeo.com/268802302
