Nadine Beaudet ne se contente pas de filmer la Côte-Nord : elle l’habite, elle la rêve, elle la questionne. Nadine se prête ici à un exercice d’introspection. Elle revient sur ses origines, ses choix, ses doutes, et la façon dont son cinéma documentaire s’est imposé comme une réponse à ses interrogations sur l’identité, l’appartenance et la transmission.

Départ imprévu, vocation retrouvée
Avant de devenir cinéaste, Nadine Beaudet était loin des plateaux de tournage. Étudiante en aménagement du territoire, c’est une rencontre fortuite avec la réalisatrice Lucie Lambert qui l’a propulsée dans le monde du documentaire.
« Mon projet de fin d’études portait sur la Côte-Nord. Mon superviseur m’a mise en contact avec Lucie, qui réalisait un film là-bas. Elle m’a demandé de l’assister, et c’est comme ça que j’ai découvert le cinéma documentaire. »
Ce basculement, presque accidentel, deviendra le point d’ancrage d’une trajectoire où chaque film sera un retour vers ses racines et une exploration de ce qui fait « chez soi ».
L’appartenance, fil rouge de l’œuvre
Nadine Beaudet revisite ses thèmes de prédilection à l’aune de son attachement viscéral à la Côte-Nord.
« Je ne réalisais pas que mes films parlaient autant d’appartenance et d’identité. C’est mon lien avec le territoire qui m’y ramène sans cesse. »
Cette fidélité à ses origines transparaît dans chaque projet, qu’il s’agisse de l’immigration, de la mémoire ou de la transmission.
Créer à deux, créer mieux
La complicité professionnelle et personnelle avec Christian Fournier, son partenaire de vie et de création, est un moteur essentiel. Leur collaboration, née d’un coup de cœur artistique lors d’un festival, repose sur la confiance, l’écoute et une liberté totale grâce à l’autoproduction.
« On n’a même pas besoin de se parler, on se comprend d’un regard. On se conseille mutuellement, on partage tout, même nos doutes. »
L’instinct comme boussole
Les sujets de Nadine émergent souvent de l’instinct, d’une indignation ou d’un émerveillement soudain.
« On est interpellés par une injustice, un événement, et on sent le devoir d’agir. »
Cette spontanéité, elle la revendique aussi dans sa façon de filmer : « En documentaire, c’est la vraie vie qu’on capte. Il faut être prêt à se laisser surprendre, à improviser. »
Regard vers l’avenir
Nadine rêve d’un documentaire accessible à tous, loin des formats télévisuels dominants.
« J’aimerais que ces films soient diffusés dans les villages, partout où ils peuvent toucher. »
Aux jeunes cinéastes, elle conseille d’oser malgré le doute : « Il faut se faire confiance, écouter ses intuitions et aller au bout de ses idées. »

Manicouagan (2024)
Manicouagan : le film du retour à soi
« Manicouagan », son œuvre la plus intime et la plus ambitieuse, symbolise ce retour permanent à la source. Commencé il y a plus de 30 ans, ce projet mêle archives familiales, mémoire du territoire et transmission à ses filles.
« Ce film aurait dû être mon premier. Il parle de l’origine, de la création du monde, de notre lien à la mer. »
Conclusion : une œuvre, une quête
Nadine Beaudet ne cherche pas à s’ériger en modèle ou en héroïne. Elle propose un regard lucide, parfois critique, sur son parcours et sur la société qui l’a façonnée. Son cinéma, profondément humain, invite à la réflexion collective sur l’appartenance, l’identité et la nécessité de se raconter pour mieux se comprendre. Elle filme pour que chacun trouve sa place, entre la terre, la mer et les étoiles.
