À l’hiver 2024, dans le cadre de notre cycle sur l’intelligence artificielle (IA), Spira a reçu le doctorant en communication Maxime Harvey comme stagiaire. L’un de ses mandats était de faire une revue de la littérature scientifique en sciences sociales sur les usages des applications d’IA générative en culture et dans le milieu cinématographique en particulier. Nous lui avons demandé d’en faire des capsules.
Cette contribution aux activités de Spira s’inscrit dans un questionnement plus général sur les transformations du monde des arts et de la culture – et du travail – liées aux développements de l’intelligence artificielle, notamment à l’intelligence artificielle générative. Face aux discours apologistes des jeunes pousses offrant continuellement de nouveaux produits et aux résistances syndicales et professionnelles devant la restructuration du travail de création, il existe chez plusieurs créateurs – notamment dans les membres de Spira – à la fois une espérance que certaines tâches rébarbatives soient exécutées automatiquement par ces outils et une anxiété que le processus artistique soit contraint par de nouvelles procédures. Pourtant, les discours technophiles et technophobes de la Silicon Valley et d’Hollywood n’auront pas du tout les mêmes implications pour les cinéastes de St-Roch et de Limoilou. Il est donc pertinent de réfléchir à l’intégration de l’intelligence artificielle dans le contexte local, c’est-à-dire aux enjeux propres à la production cinématographique indépendante à Québec et dans les régions du Québec.
Les capsules présenteront d’abord une courte problématisation sur les transformations sociales de l’IA, particulièrement dans le monde artistique et l’industrie du cinéma (capsule #1). Les capsules suivantes présenteront ensuite l’émergence de l’IA par rapport aux nouvelles technologies au cinéma (capsule #2), par rapport aux pratiques de création (capsules #3) et aux industries créatives (capsule #4).
Capsule 1
L'introduction de l'intelligence artificielle (IA) dans le cinéma soulève des débats intenses, opposant rêve et cauchemar. D’une part, l'IA est perçue comme une avancée technologique majeure, promettant une redéfinition du travail créatif, mais aussi des solutions pour la santé, l'éducation, la culture, etc. D'autre part, certains craignent une exploitation des œuvres sans compensations pour les artistes, en plus d’une société désinformée.
Pour dépasser ces visions extrêmes, il est crucial d'examiner les usages réels de l'IA dans la création cinématographique locale. En écoutant les expériences et les préoccupations des acteurs du milieu, nous pourrons mieux comprendre comment l'IA réorganise les pratiques créatives. Cette compréhension collective, qu’on aborde dans cette première capsule, permettra de critiquer et de gouverner les nouvelles technologies, non pas pour mieux impressionner, mais pour en saisir les enjeux et les implications pour le futur du cinéma.
Capsule 2
Dans cette capsule, on intègre l’intelligence artificielle (IA) dans l’évolution technologique du cinéma. Historiquement, le cinéma a traversé de nombreuses transitions technologiques et l'IA s'inscrit dans cette continuité. La vraie question n'est pas de savoir si l'IA est une révolution ou une transition, mais plutôt de comprendre comment elle redéfinit les pratiques créatives, la distribution de la créativité et les enjeux socio-économiques du cinéma.
L'IA soulève des défis en termes de transparence, de responsabilité et d'équité, notamment en ce qui concerne la valorisation des données et l'automatisation des processus créatifs. Il est essentiel de questionner qui bénéficie de ces technologies et comment elles transforment les métiers du cinéma. Ce n'est qu'en comprenant ces dynamiques que nous pourrons naviguer efficacement dans cette nouvelle ère technologique.
Capsule 3
Comme on l’a vu dans les dernières capsules, l'intelligence artificielle (IA) est à la fois un rêve et un cauchemar, influençant l’évolution du cinéma. Qu’en est-il du point de vue des pratiques? D’abord utilisée pour la recommandation algorithmique sur des plateformes de diffusion en ligne, l'IA s'étend désormais à la scénarisation, au financement de projets et à la génération d’images et de sons, transformant tranquillement les pratiques cinématographiques. Les critiques craignent que l'IA réduise l'autorité des créateurs traditionnels, en standardisant les processus de création pour les automatiser plutôt que de s'appuyer sur l'expérience humaine. Pour l’instant, les principaux usages de l’IA ont été observés dans le recyclage de contenus, par exemple pour la production d’une bande-annonce ou d’affiches de films.
Il est primordial de noter que l'IA exacerbe les biais existants, marginalisant certaines représentations. Ainsi, ses usages pour la personnalisation et la désinformation soulèvent des préoccupations éthiques et culturelles. Au-delà du risque d'une culture à la fois uniformisée par la reproduction des succès passés et fragmentée par la personnalisation de contenus grâce à la surveillance des comportements numériques si les utilisateurs suivent les recommandations, les évaluations et acceptent les créations générées par l'IA sans esprit critique, il existe une vaste gamme d'usages technologiques et de pratiques créatives avec l’IA. Cependant, la plupart d'entre elles restent encore largement inconnues, pour l'instant.
Capsule 4
Dans cette dernière capsule, on aborde l’intelligence artificielle du point de vue des industries créatives et culturelles. L’IA dans l’industrie cinématographique suscite de nombreuses réflexions, notamment sur la créativité et l'évolution du travail. Alors que certains craignent que l'IA ne remplace les créateurs humains, d'autres estiment qu'elle déplacera plutôt leur rôle dans l’industrie. On affirme ainsi que les entreprises devront s'adapter, en intégrant l'IA tout en valorisant la complémentarité entre humains et machines. Cependant, cette intégration pose des défis, surtout pour les petites organisations qui n’ont pas les ressources spécialisées des grandes entreprises.
Les discussions actuelles sur l’industrie cinématographique tournent également autour des questions éthiques, comme la reconnaissance des données utilisées pour entraîner l'IA, et des enjeux économiques, où la création est souvent réduite à sa valeur marchande. Il faut non seulement critiquer les discours apologistes de l’IA, mais également l’intégration des pratiques cinématographiques dans les « industries créatives » : les organisations culturelles ne sont pas toutes industrielles, alors que les impacts de l’IA sont souvent pensés sur ce modèle économique. Ironiquement, l'IA permet de repenser le processus créatif, en soulignant à la fois les limites et potentialités de ces technologies, mais également les limites et potentialités des créateurs humains, contraints à trouver un équilibre entre l’innovation et la productivité.
