Si je ne suis pas moi, qui le sera?

Grâce à une bourse de Première Ovation, la jeune commissaire Vanessa Hebding a monté quatre programmes de films issus des catalogues de la Bande Vidéo et de Spira (incluant la collection Vidéo Femmes). Ces programmes seront présentés pendant le 24h de cinéma, organisé par Spira et Antitube dans le cadre de Vues d'ensemble, le 4 juin 2016. La commissaire nous présente ici ses choix d'oeuvres :

Si je ne suis pas moi, qui le sera? 

Programmes de films indépendants issus des répertoires de Spira et de la Bande Vidéo

Comment être soi-même dans un monde qui ne tourne pas rond? Peut-on avoir le courage de nos idées après les avoir gardées sous bâillon? Comment s’affranchir des étiquettes et oser quitter les chemins battus?

Allant de la fiction au documentaire, en passant par le cinéma d’animation, les quatorze films sélectionnés sont réunis par leur thématique identitaire. Réalisés avec le soutien de Vidéo Femmes, la Bande Vidéo ou Spira, les douze courts métrages et les deux longs métrages se font écho par leur écriture scénaristique. Les œuvres exposent des personnages en quête d’une plus grande authenticité. Comment faire concorder vie réelle et désirs, idées et actions?

Les Signes vitaux de Sophie Deraspe évoque le don de soi, la capacité à prendre soin des autres pour, peut-être, éluder ses propres failles. Simone s’engage dans la périlleuse recherche d’un équilibre entre la démonstration de sa force et le contact avec sa fragilité.

Le Temps d’une chanson d’Émilie Baillargeon porte notre regard sur des femmes et des hommes apaisés grâce à la pratique de l’art. Le film relate le lien privilégié qu’entretiennent des aînés avec la musique : qui par la danse, par le chant, par la pratique d’un instrument traversent, un baume sur le cœur, les épreuves et les joies que leur offre la vie. La musique, véritable refuge, est symbolisée par une forêt peuplée de bribes de souvenirs, de « morceaux de jeunesse ». La nature est également omniprésente dans La Forêt de Diane Obomsawin, film d’animation ludique où les créatures incarnent les rêves et les mythes de la cinéaste.

La narratrice du Monologue de Luce, dans une prise de parole féministe résolument actuelle, tente de se défaire des masques imposés par la société pour enfin découvrir son vrai visage. Délestée du poids des rôles appris par mimétisme, elle cherche sa voie : « Qu’est-ce que je suis sans paroles toutes faites? Sans par cœur? ».




Dans un tout autre registre, This is not a canular déboulonne les règles et prescriptions du sens commun. Le film nous plonge en 2030 face à deux citoyens barricadés qui lancent un cri du cœur aux survivants de la Terre : pour résister, il importe de faire les bons choix, c’est-à-dire bannir le taï chi et le végétarisme et adopter des politiques de pollution systématique (!).

 Autre huis clos, Blanche fraise présente un couple tenaillé par la faim, claustré dans sa chaumière pour se prémunir du danger qui point à la fenêtre. Et si, de tous les prédateurs, le plus dangereux était la démission de ceux que l’on croit bons pour nous?

Le Camarade raconte l’histoire d’un adolescent d’Outremont qui se détourne du conservatisme de son milieu pour être en symbiose avec ses propres idées. Solidaire de la classe populaire, il décide de militer au sein du mouvement indépendantiste.

Martine Asselin (Que les choses changent) cherche à retrouver, le temps d’un voyage, tout ce qui la définissait avant sa maternité. Où sont l’insouciance et la fantaisie de sa vie « avant-bébés »? Elle se heurte à un sentiment indélogeable : impossible de s’extraire de cet attachement primaire, impossible d’effacer de ses pensées la chair de sa chair.

Fuck that de Lawrence Côté-Collins aborde également la relation parent/enfant, mais du point de vue d’une adulte qui aurait souhaité ne jamais grandir. Jouer au bureau, à avoir des enfants, trouver l’âme sœur : tout semblait si simple dans l’été de l’enfance.

Vincent Biron met en scène, dans Les Choses horribles, notre fatale imperfection et ses conséquences funestes. Et si nos failles et nos insuffisances pouvaient s’effacer par l’achat de quelques biens matériels? Lei Lei (Big hands oh big hands, let it be bigger and bigger) évoque justement l’importance de préserver notre humanité alors que tous nos gestes sont régulés, normalisés, chaque être devant briller par son efficience et sa conformité. Une faculté d’émerveillement opiniâtre que l’on retrouve dans le film Il fait soleil chez toi, chez Cylotte, une immigrante haïtienne qui réussit malgré tout à éprouver de la joie dans un appartement sinistre de l’île de Montréal.

El Motemei présente un personnage tout aussi résilient, Carlos, un vendeur ambulant chilien qui fait son petit bonhomme de chemin, chante haut malgré la misère qui l’entoure. Il réenchante la ville de ses mélodies, de son espoir.


Quant à Jacquot, il emprunte la même route toute sa vie. Et s’il prenait une autre direction, qu’arriverait-t-il? Jacquot, c’est un peu chacun de nous… Quel chemin prendrons-nous?

 

- Vanessa Hebding

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