RÉSILIENCE | Un texte de Tristan Bélanger

Résilience

Que ce soit dans l’attente ou l’action, les êtres humains possèdent une formidable capacité de résilience. On peut l’observer particulièrement en ces temps de pandémie, alors que l’on doit rester dans nos maisons et appartements en attendant de pouvoir profiter d’une poignée de main, d’une accolade, d’un sourire sur fond de musique trop forte et de multiples parfums. Dans cette dernière programmation, l’initiative SPIRA présente vous propose d’explorer l’Autre dans toute sa résilience.

À travers des témoignages touchants et parfois frustrants, SKIES ARE NOT JUST BLUE (2018) de Lysandre Cosse-Tremblay offre un point de vue bien singulier : en plus d’être musulmans, les protagonistes de ce court métrage documentaire sont queer. Derrière ce terme, provenant de l’anglais « étrange », sont rassemblées toutes les minorités sexuelles et de genre. Ici, on a affaire à un ensemble de personnes – en particulier des jeunes – dont la perception du monde et des relations « dérange la bien-pensance ». En plus d’être issus d’une minorité religieuse souvent mal acceptée en Occident, Yara, Tariq, Monib et A. appartiennent à une minorité sexuelle encore incomprise par plusieurs. La résilience transparaît de manière éloquente dans ce récit : elle est partout, du bout du pinceau de Yara jusqu’aux cieux aux mille couleurs, à demi bloqués par les fils électriques, telles des barrières entre ce que les protagonistes sont et ce que la société veut qu’ils soient. Pourtant, rien ne les arrête et ils continuent d’affirmer leur identité, même face à l’intolérance de leur propre famille qui condamne le mot queer, inexistant dans leur langue. Peut-être est-ce parce que, comme le mentionne Monib, « au final, tu changes du jour au lendemain ce qu’ils ont cru toute leur vie. »

La maison des Syriens (2017) de Nadine Beaudet et Christian Mathieu Fournier contraste avec le premier film par sa lenteur homogène, se muant même en tension, à la fois chez les protagonistes et les spectateurs. D’autres oppositions se confrontent tout au long de ce documentaire : l’impatience du comité d’accueil opposée à l’attente et la complexité du processus d’immigration, l’ouverture d’esprit de certains alimente la peur des autres et le paysage paisible de Portneuf contraste avec la guerre qui ronge la Syrie, évoquée par de puissantes images au début du récit. Dans ce film, on ne cesse d’espérer le meilleur dans un monde où tout ne tient qu’à un fil. Portrait d’une communauté québécoise qui se sert de l’entraide pour nourrir la résilience d’une famille de l’autre côté de la planète, La maison des Syriens se veut un contre-exemple de la méfiance ou la haine envers l’étranger, devenue trop courante à la télévision et sur les réseaux sociaux.

Dans ces deux documentaires, nous sommes témoins de plusieurs perceptions du monde qui tentent, malgré leurs nombreuses différences, d’entrer en contact et de se comprendre. Voir à travers les yeux de l’Autre devient ici la clé qui encourage la solidarité. Celle qui allège le poids des épreuves, qui nous pousse à aider notre prochain dans les moments les plus sombres et qui renforce, forcément, notre résilience collective.

- Tristan Bélanger

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